Lucie raconte...

Publié le par Cap Odyssée le Blog

• Lucie

Notre dernier dimanche à bord « des Passagers du Vent » se termine peu à peu.

Le soleil descend derrière une mer de nuage. Sous le bateau, l’océan est calme, presque paisible.Aujourd’hui on a aperçu nos premières mouettes. La dernière fois qu’une rieuse a volé au-dessus de notre embarcation, c’était le 10 juillet… Mais bon, pas de véritable surprise : les « pêcheuses » espagnoles ressemblent à quelque chose près aux Canadiennes… Elles parlent un peu plus fort, c’est tout (comme tout bon espagnol qui se respecte !).

Parmi les objets volants identifiés ou non que nous avons aperçus aujourd’hui, une abeille a fait son apparition dans le carré ! Peut-être attirée par l’odeur du gâteau au chocolat de Jean-Luc ?… En tout cas, les abeilles ibériques semblent plus téméraires que les américaines… Cette petite bête a pris le risque de traverser les 70 milles nautiques qui nous séparent de l’Espagne, pour venir dire bonjour à nos championnes ! Une abeille en plein océan… certains signes nous confirment que la terre n’est plus très loin.

Nous sommes dimanche, jour de fête normalement pour l’équipage de Cap Odyssée…

Eh bien non, pas de trêve ce soir… les filles ne veulent plus s’arrêter. Malgré l’extrême fatigue qui pèse sur leurs épaules, nos trois rameuses donnent tout ce qui leur reste. L’appel de la terre est plus fort que toutes les douleurs, l’envie de retrouver leurs proches, plus intense que n’importe quelle souffrance.

Alors on avance. Si tout va bien, l’arrivée est annoncée pour vendredi…

Ce sera le 28 août 2009…

Date que nous retiendrons tous, et qui, je l’espère, fera partie des grandes dates à retenir dans le livre « des plus belles aventures humaines et sportives » de l’Histoire des Hommes.

Sait-on jamais…

L’heure est aux premiers bilans. Quand je repense à tout ce chemin parcouru depuis le 5 juillet dernier… voici les images que je garderai en mémoire.

J’ai aimé :
Me réveiller chaque jour, avec l’odeur du pain chaud, soigneusement préparé par notre boulanger du bord Adrien.
Les cours sur les étoiles et les constellations proposés par notre navigateur Yves, dès que les nuages acceptaient d’ouvrir les portes de notre planétarium ambulant.
La tête de Flora, compressée dans sa combinaison de survie, les yeux à moitié ouvert, et l’esprit encore endormi, avant d’enfourcher sa planche pour son premier relais.
Regarder sans me lasser, le balancier des pieds en néoprène battre la mesure lente mais déterminée, de notre traversée
Les câlins de Alex qu’elle réclamait le soir avant de se coucher
Apprendre à manier le génois, prendre la barre, et sentir « contrôler » ce catamaran vers sa destinée
Suivre avec application les conseils d’Adrien, mon chef de quart, et premier maître de voile, qui a devant lui, j’en suis sûre, une belle carrière de marin à dessiner
Découvrir les subtilités du sauvetage côtier et de la compétition sur les plages australiennes, grâce aux récits détaillés de FloraObserver les relevés de Fred et entendre les bébés crevettes et phytoplanctoniques lui crier « pas nous pas nous ! », les petites bêtes voulant échapper au liquide formolé de notre chère scientifique.
Laisser Stéphanie tracer sa route au large du bateau, une route à chaque fois en zigzag… comme si elle se croyait sur un chemin en lacets de son cher pays basque. Promis on vous donnera le nombre de kilomètres qu’elle aura réellement parcourus !

Je n’ai pas aimé :
Enfiler deux fois par jour, mon jean humide et alourdi de sel, qui depuis deux mois, n’a jamais séché
Voir Jean-Luc saigner au crochet, le pauvre thon blanc, pris dans l’une des multiples lignes de nos trois pêcheurs nés…
Devoir passer la tête par-dessus bord, pour soulager mon estomac qui ne pouvait rien supporter
Prendre des déferlantes d’eau salée sur la tête, alors que pour une fois, mes cheveux étaient nettoyés
Devoir me coucher dans cette cabine « trempée » d’humidité et imprégnée d’odeurs de pâtés, saucisses fumées, fromage de brebis mi frais, et pieds.. tout ça mélangé !
Tenter de me sécher après l’une de mes deux douches hebdomadaires, avec ma serviette mouillée
M’arracher la peau des doigts sur la drisse de la grand-voile que je n’avais pas bloquée au taquet
Devoir réveiller toutes les deux heures, une de nos championnes, alors qu’elle dormait pour une fois, à poings fermés

J’ai adoré :
Les massages-confidences sur les pieds ou les dos des habitantes des cabines tribord
Le fou rire inexpliqué, tôt le matin à 5h30, avec Stéphanie, TPSisée, glissant sur le banc du carré
Le sourire ensoleillé de Fred qu’elle n’a jamais lâché
Les réflexions, et les histoires romancées des aventures d’Adrien ou de ses héros préférés
Lire vos messages et encouragements transpirant de tant de générosité
Écouter Jean-Luc gratter sur la guitare, nos chansons préférées
Accompagner Stéphanie dans ses envies de chanter (autant vous dire que j’en ai la voix cassée…)
Surprendre Flora, le couteau à cran d’arrêt entre les dents, et crier “Stéphanie, je vais te faire payer ton idée à la con”

Le joli cadeau que les filles m’ont fait : des crocks à paillette ! sans rire, ça vaut le détour… je vous les montre à l’arrivée !
Plonger dans l’océan au beau milieu des poissons et autres cétacés
Voir apparaître nos amis dauphins, baleines, globicéphales et les filmer en train de nager auprès de nos rameuses comblées

Je n’oublierai jamais :
Ce matin d’été, au large des Açores, nous devions rejoindre notre Way Point pour une nouvelle journée de rame… Le soleil pointait le bout de son nez, le vent soufflait de l’ouest, à 18 n˛uds. Toute voile dehors, le bateau semblait caresser les vagues de ses deux flotteurs. Adrien à la barre. J’avais l’impression de planer sur un vaisseau des mers, soulevée par le seul souffle des éléments du vent et de l’océan.
Le réconfort que Jean-Luc m’a apporté, le jour de mes premières larmes versées
Gisèle la baleine venir se frotter à la planche d’Alex , comme si elle voulait lui raconter les plus belles histoires des profondeurs de son maison l’Atlantique
Nos copains les dauphins sauter devant le bateau, et montrer le chemin à notre princesse Stéphanie, comme si eux aussi, ne voulaient pas manquer de la féliciter pour tous ses efforts, et cette énorme volonté.
Je crois que je n’oublierai cette arrivée qui nous attend

Signé Lucie, Luciole, Lucette, Lulu, Lulutte, Boulette, Le Pin’s, Gepetto, Crevette, Georgetta, La Puce, Teletubbies… (voici tous les noms dont je suis affligée à bord, choisissez celui que vous voulez !)

Publié dans Aout Actualité

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lebon 25/08/2009 09:45

Merci Lucie pour ce message, nous te suivons depuis les années Alegria, en passant aussi par le séjour à Cuba. Merci de savoir nous donner de si belles images des filles qui ont du gnac ! Merci à elles de nous faire rêver nous qui ne saurons jamais mettre nos idées sur la table et s'y lancer...Bien sur nous serons à Capbreton Grosses bises à tous et riez avec les mouettes...