yves Parlier raconte...

Publié le par Cap Odyssée le Blog

Les aventuriers des temps modernes

40 jours que nous sommes en mer, 5 femmes et 3 hommes qui ne se connaissaient que très peu (hormis les 3 rameuses) venant d’horizons différents, et qui n’avaient jamais vécu une expérience similaire. Tout était nouveau, le bateau, l’océan, l’allure, le paddle board mais surtout l’humain. Comment allons nous vivre sur notre appartement flottant de 50 m2? Est-ce que l’on va supporter cette promiscuité ? L’ambiance sera-t-elle excellente ou déplorable? Va-t-il se former des clans, des couples, un bouc émissaire?  Chacun se demande déjà comment lui va réagir avant de se demander comment le groupe va évoluer. Au Canada, j’arrive avec Walter et Jean-Claude, tout l’équipage est à pied d’œuvre, aidé de l’équipe Ucar Cap Odyssée. Le bateau c’est le chantier, il y a des ordinateurs partout, certains surfent sur internet,  j’ai l’impression que l’on est en décalage, il y a une tonne de choses à faire, comment mobiliser tout ce monde. Walter prend la main sur les planches, le reste s’organise, liste des choses à faire, briefing, j’essaie de répartir les tâches et là, cela se complique, certains ne font rien, certains se retrouvent avec des missions qui ne correspondent pas du tout à leur compétence. Restons zen, je suis sauvé par Sylvain qui devant ses cartes météo à Toulouse nous annonce qu’aucune fenêtre météo ne se pointe à l’horizon, un anticyclone s’est perdu sur Terre Neuve, il nous envoie du vent de face et du brouillard.  Cela permet de gérer les pressés, de rassurer les inquiets, de calmer les impatients. On n’a fait aucun test mais déjà 15 jours se sont écoulés alors c’est le cas de le dire, il faut se jeter à l’eau. On fera les tests dans le convoyage à l’ile Madame. C’est Flora qui part à l’eau la première, au bout de 3 minutes montre en main, elle ne peut plus ramer, les cervicales en hyper-extension se sont bloquées, essai d’Alex mais face au vent et aux vagues on marche à 1 noeud dans le brouillard, Alex a le mal de mer, comme une partie de l’équipage, on aura réussi à faire un mille de test ! Il suffit de faire cela au moins 2500 fois. Je suis inquiet, est ce que tout ce que l’on a pensé depuis 8 mois, mis au point va suffire. Ce pari n’est-il pas fou, avons-nous une chance que cela passe ?  L’expérience acquise sur Lorient St Jean et Les Sables Bordeaux est-elle transposable face à l’Atlantique ? Je cherchais des réponses techniques pour résoudre l’insoluble et le miracle est venu des personnes, de l’énergie des rameuses, de leur souffrance qui a obligé chacun à jouer le jeu, à tout donner pour qu’elles atteignent leur Graal. Le vent, le brouillard, les vagues, les dépressions, plus on n’en prenait sur la figure, plus nous nous soudions pour résister comme un bloc. Tout me semble maintenant si simple, l’équipe est opérationnelle, chacun sait ce qu’il a à faire. Au moindre souci, réagir, appliquer par réflexe les procédures de sécurité. L’ambiance est là c’est la période des fêtes et on est pas du Sud ouest pour rien, Stéphanie la boute en train amuse tout le monde, Flora lui renvoie sans cesse la balle. Chevalier et Laspalès au féminin, impossible de résister à leur je t’aime moi non plus. Stéphanie qui se retrouve toujours sous les « pluches » de patates quand jean Luc les lance par dessus bord, a le privilège, à minuit, de battre les records des distances parcourues. Ce soir elle fera même 1/4 d’heure de rame en plus pour établir le nouveau record de 65,3 miles. Flora maintenant me réclame sa béa quotidienne (un mot qui ne faisait pas encore partie de son vocabulaire la semaine dernière). Lulu qui prépare une thèse « Techniques de séchage des combinaisons néoprène sur l’Atlantique nord » toujours derrière sa caméra ou au montage sur l’ordi avait décidé de faire du sport, Flora comme coach et c’est parti pour les pompes, tractions, flexions, abdos à l’australienne plus natation à trois noeuds derrière le bateau, les 45 kilos de la mascotte du bord n’ont pas résisté à la première séance, après trois jours de récup elle peut enfin reporter les 2,5 kg de sa caméra sur son épaule. Frédérique déborde d’énergie de 5 heures (enfin presque) du matin à 2 Heures du matin, 21 Heures plus tard, à part deux petites siestes, elle vide l’océan de son plancton (on s’étonne que l’on attrape plus de poissons), fait lessive, vaisselle, astique la cabine du sol à la cuisinière. Jean Luc passe son temps aux fourneaux  et nous régale de ses trouvailles culinaires, question santé de l’équipage rien ne l’effraie, il est prêt à ouvrir le ventre du requin pour récupérer la jambe à recoudre sur celle qui se serait fait croquer par le squale. Adrien est sur le pont pendant son quart, le reste du temps gère la cambuse avec fermeté devant nos appétit féroces et vient à bout de toutes les pannes. Il aimerait bien découvrir la recette de la brioche de Jean Luc. Alex, la plus jeune, la plus sensible, rame avec grâce seule sur l’océan, loin devant (sauf quand il y a des bêtes) aussi déterminée que les autres, elle ne ménage pas sa peine. Drame ce soir, elle s’est brulée avec une physalie genre de méduse avec des filaments extrêmement douloureux.

Aura -t-on jamais une occasion de revivre une telle aventure ? Sûrement pas, le progrès technique réduit les distances donc les temps. Quels sont les privilégiés qui aujourd’hui vivent quelque chose d’approchant ? Les marins d’un sous-marin atomique, les spationautes de la station MIR, l’équipage du Tara prisonnier volontaire des glaces du pôle nord ou le Groupama 3 de Franck Camas autour du monde. Tous hyper professionnels, avec une préparation minutieuse de plusieurs années. Non notre aventure est unique 2 mois à 8 dans notre microcosme, soutenue à terre par Cathy, Walter, Willy, Antony, Nathalie, Étienne, Emeric, Léa et tous les autres, alors nous la vivons au présent, conscients aujourd’hui d’être des privilégiés qui méritent leur bonheur.

Publié dans Aout Actualité

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JF CASPA 18/08/2009 23:59

@Line et Claude
Votre raisonnement de terrien se tient,mais ce soir au point balise de 21.07, il leur restait 890 km.En se basant sur leur moyenne des 7 derniers jours, on peut esperer une arrivée le 27 au matin et si on se refere sur leur moyenne depuis le départ une arrivée le 26 au soir
Les paris sont ouverts, tout ce qu'on leur souhaite maintenant,c'est d'arriver en pleine forme quelque soit le jour et l'heure pour etre superbement accueilli par la foule de leurs ami(e)s, suporters (trices).

Line et Claude 18/08/2009 18:04

Re-bonjour à toutes et tous,
Yves nous a dit il y a quelques jours que la moitié du chemin avait été franchie à 2346 Km. La distance totale étant de 4692 Km et votre position actuelle proche de 4000 Km nous pouvons espérer une arrivée dans les 7 jours soit le 25 Aout.Pour le calcul, nous partons du principe que la dernière partie du parcours se déroulera à une vitesse moyenne égale à celle calculée sur les dix derniers jours.Est-ce que ce raisonnement de terrien est valable ?
Bon courage

Line et Claude

Line et Claude 18/08/2009 17:41

Bonjour à toutes et tous,
Merci Yves pour ce compte-rendu qui nous donne des frissons. Nous imaginions bien que tout n'était pas simple au départ de cette aventure( aventure dans le sens noble et réel du terme). Les 3 mn de rame de Flora et la première tentative d'Alex lors du convoyage à l'Ile Madame n'ont pas dû être simples à gérer psychologiquement. Mais le fait d'avoir maintenu le projet et trouvé des solutions montre bien que le groupe avait les ressources nécessaires et la volonté tenace d'aller jusqu'au bout. Nous sommes très admiratifs de ce que vous faites. Combien de personnes, en dehors de celles qui suivent votre exploit sur ce blog, comprendront l'immense courage des rameuses et de l'équipage tout entier ?
Nous ne sommes pas intervenus pendant quinze jours sur ce blog car nous étions absents de notre domicile sans accès à Internet. Toutefois le téléphone fonctionnant bien nous avons eu régulièrement des nouvelles en appelant Cathy.
Vous pouvez à juste titre vous comparer à des spationautes, des sous-mariniers atomiques ou autres personnes qui vivent des expériences uniques et qui, dans votre cas, sont réalisées pour la première fois au monde. Nous souhaitons que votre traversée se déroule sans encombre jusqu'à CAPBRETON où nous serons à l'arrivée. Nous espérons également que cette traversée nous sera racontée en images au moyen d'un beau film documentaire et nous formons le voeu de voir également dans peu de temps sur les étalages des libraires un livre racontant vos exploits.
Vous approchez des 4000 Km et vous allez bientôt entendre le bruit du ressac sur le sable chaud de Capbreton.

Nous vous embrassons toutes et tous.

Line et Claude

martine chollon 18/08/2009 15:12

Aucune nouvelle depuis le 13??? Est-ce-que tout va bien?
Dans tous les cas, je vous admire chaque jour un peu plus!!
C'est un plaisir quotidien ( sauf depuis le 13)de lire les messages, voir ces superbes photos, voir les vidéo!!
Bon courage!! Tenez bon!!

El Patouño 18/08/2009 07:39

Salut à tous et à toutes...

3891 kms ce matin...ça y est les filles...suis sûr qu'en vous mettant debout sur votre planche, vous voyez CAPBRETON!!!
Sans vouloir vous mettre de pression, mais sachant que sur la terre ferme, l'excitation grimpe aussi...quand avez vous prévu d'arriver à bon port??
Allez C O U R A G E...et encore un immense B R A V O...j'espère que tout le monde saura reconnaître votre véritable exploit, comme tous ceux qui croient en vous!!!

El Patouño